Installation du Père Thomas Brenti

HOMÉLIE de Mgr Jean Pierre RICARD

 

 Église de Langon – Dimanche 15 septembre 2019

 

 

P. Thomas Brenti

P. Thomas Brenti

 

Chers frères et sœurs dans le Christ,

 

Accueillir et installer un nouveau curé est l’occasion pour une communauté chrétienne de réfléchir non seulement sur le ministère du pasteur qui lui est donné mais plus largement sur le type de vie ecclésiale qu’elle est appelée à promouvoir, si elle se veut fidèle à l’Évangile.

 Dans la Bible, Dieu nous est présenté comme le pasteur de son peuple. Nous connaissons tous le psaume 23 : Le Seigneur est mon berger, et dans l’Évangile, Jésus nous est présenté comme ce bon berger qui a le souci de son troupeau. Matthieu nous dit : « Voyant les foules, (Jésus) fut pris de pitié pour elles, parce qu’elles étaient harassées et prostrées comme des brebis qui n’ont pas de berger » (Mt 9, 36). Jésus va inviter ses disciples à prier le Père d’envoyer des ouvriers à sa moisson. Et parmi ces ouvriers, il y aura des pasteurs qui paîtront le troupeau de Dieu en son nom. En Jérémie, Dieu avait promis : « Je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur » (Jr 3, 15) et nous voyons dans l’Évangile Jésus dire à Pierre : « Sois le pasteur de mes brebis » (Jn 21, 17).  

 

Je sais bien que cette image du troupeau est diversement appréciée. Être assimilé à un mouton n’est pas toujours ressenti positivement. Mais ne nous laissons pas arrêter à ce qu’évoquent spontanément ces images. Soyons plutôt attentifs au type de relations entre Dieu et son peuple qu’elles veulent signifier.

 

Le bon berger prend soin de son troupeau. Il lui donne tout son temps. Il connaît ses brebis et appelle chacune par son nom. Il est demandé à un curé d’aimer son peuple, d’être attentif à chacun dans la diversité des vocations, des états de vie, des générations, des histoires personnelles et des sensibilités ecclésiales. La mission d’un curé n’est pas d’abord d’être un organisateur, un bon fonctionnaire du culte, mais un passionné du Seigneur, chargé d’aider chacun à vivre sa vie chrétienne, à marcher plus avant sur la route de la sainteté. Il doit également aider chacun à découvrir les charismes dont il est porteur afin de les mettre au service de tous. Il doit enfin, comme dans l’Évangile d’aujourd’hui, avoir le souci de la brebis égarée, blessée ou malade, et Dieu sait s’il y a aujourd’hui des personnes qui vivent des choses difficiles ! Le curé est le serviteur de tous. N’oublions pas que le sacerdoce ministériel est au service du sacerdoce baptismal de tous les baptisés.

 

Le bon berger conduit son troupeau vers les gras pâturages et les sources d’eau vive. Le curé doit porter le souci d’offrir au peuple dont il a la charge toutes les propositions de ressourcement spirituel et de formation qui lui sont nécessaires : prière, temps forts spirituels, lecture de l’Écriture, qualité des célébrations liturgiques, charité fraternelle, engagement de solidarité envers les plus éprouvés. Comme nous y a invités notre synode diocésain, le pasteur doit contribuer à la formation de disciples-missionnaires. Un disciple-missionnaire est un croyant qui vit une relation personnelle au Christ et qui ressent en lui un appel à partager cette expérience tant celle-ci lui paraît riche de joie et de promesses. Le pape François écrit : « Celui dont le cœur est touché par le Christ ne peut pas ne pas vouloir le faire connaître et le faire aimer ». Le curé doit conduire chacun à la source vive de l’amour du Seigneur.

 

 

Notre synode diocésain que je viens d’évoquer invite notre Église, et donc nos communautés, à être plus fraternelles et plus missionnaires.

 

Dans une société qui n’offre plus des appuis sociologiques forts à la foi chrétienne, il faut que les chrétiens se soutiennent mutuellement dans la foi. Seules des communautés vivantes, priantes, fraternelles, dans lesquelles on est heureux d’être ensemble, pourront être attirantes et missionnaires. Notre synode a souhaité la création de petites équipes fraternelles. Je sais que vos secteurs de Langon et de Podensac sont entrés dans cette dynamique. Les prêtres, sans être les animateurs de ces petites équipes, doivent les susciter et les soutenir.

 

Mais la fraternité est aussi un état d’esprit fait d’accueil mutuel, de bienveillance, de désir de résoudre évangéliquement les tensions et les différends qui immanquablement surgissent souvent au sein des communautés. N’oublions pas que Jésus dit à ses disciples que c’est à l’amour qu’ils auront les uns pour les autres que l’on découvrira que c’est lui qui les a envoyés. Le curé doit servir la communion des esprits et des cœurs. Il doit faciliter la communication et les échanges alors que la tentation aujourd’hui est souvent de s’enfermer dans son service, sa chapelle, son village ou son réseau.

 

La fraternité se vit également dans la collaboration, collaboration entre prêtres (Vous savez combien le témoignage de la fraternité sacerdotale est important aujourd’hui !), collaboration entre prêtres et diacres, collaboration entre prêtres, diacres et laïcs. Il ne saurait y avoir un exercice solitaire du pouvoir. Saint Paul a eu des collaborateurs dans sa mission. Il les énumère dans le chapitre 16 de l’épître aux Romains. Le curé doit avoir des collaborateurs dans sa mission. C’est tout l’enjeu des équipes d’animation pastorale et des conseils dans l’Église. Je sais qu’une équipe d’animation pastorale est en constitution sur vos secteurs et que plusieurs membres sont prêts à recevoir leur lettre de mission. J’engage Thomas et Jean à soutenir tous ceux et celles qui apportent leur concours à la vie et à l’animation de l’Église.

 

Une Église fraternelle est aussi une Église missionnaire, une Église qui souhaite partager à d’autres l’expérience qui la fait vivre. C’est là un appel à ne pas vivre replié sur soi, seulement préoccupé de l’organisation ou de l’animation de sa paroisse mais à « sortir », comme dit le pape François, à s’ouvrir sur son environnement, à aller à la rencontre des hommes et des femmes de notre temps. Une Église missionnaire n’est pas une Église qui développerait un prosélytisme intempestif, non respectueux de la liberté des autres, mais une Église de la rencontre, du dialogue, de l’écoute, de la proposition, de l’invitation. A tous nous avons à dire : « nous avons trouvé la source d’eau vive. Elle nous désaltère. Si tu as soif, viens et vois, viens et bois toi aussi ». Le curé doit avoir une âme de missionnaire. Thomas, je sais que tu portes le souci de la mission ; tu es d’ailleurs le responsable de notre École diocésaine de la Mission. Mais tu sais aussi que cette aventure missionnaire, tu ne peux pas la porter tout seul. C’est avec d’autres qu’il faut la vivre. En effet, c’est tous ensemble, en Église qu’on évangélise. C’est dans une réflexion commune que l’on peut discerner aujourd’hui les chemins nouveaux qui se dessinent pour la mission.

 

Frères et sœurs, que l’installation de votre nouveau curé soit pour vous un tremplin pour un engagement spirituel fraternel et missionnaire renouvelé. Que le souffle de l’Esprit vous habite, vous soutienne et vous pousse en avant ! Amen.

 

 

                                                                                   + Jean-Pierre cardinal RICARD

                                                                                         Archevêque de Bordeaux

 

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