Catéchèses du Pape sur la liturgie eucharistique

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À l’occasion de l’entrée en vigueur de la nouvelle traduction du Missel, nous lirons ensemble chaque semaine, une des « catéchèses » que le Pape François a donné sur la liturgie eucharistique de novembre 2017 à avril 2018.

Catéchèse du Pape François sur la messe

(8) Liturgie de la Parole

I - Dialogue entre Dieu et son peuple

Après nous être arrêtés sur les rites d’introduction, nous prenons à présent en considération la liturgie de la Parole, qui est une partie constitutive, car nous nous rassemblons précisément pour écouter ce que Dieu a fait et entend encore faire pour nous. C’est une expérience qui a lieu « en direct » et non par ouï-dire, car « lorsqu’on lit dans l’Eglise la Sainte Ecriture, c’est Dieu lui-même qui parle à son peuple, et c’est le Christ, présent dans sa parole, qui annonce l’Evangile » (Présentation générale du Missel romain, n. 29 ; cf. Const. Sacrosanctum concilium, 7 ; 33).

Mais, souvent, alors qu’on est en train de lire la Parole de Dieu, on commente :  « Regarde celui-ci..., regarde celle-ci..., regarde le chapeau qu’a mis celle-là : il est ridicule... ». Et on commence à faire des commentaires. N’est-ce pas vrai ? Doit-on faire des commentaires pendant que la Parole de Dieu est lue ? Non, parce que si tu bavardes avec les gens, tu n’écoutes pas la Parole de Dieu. Quand on lit la Parole de Dieu dans la Bible - la première lecture, la deuxième, le Psaume responsorial et l’Evangile - nous devons écouter, ouvrir notre cœur, parce que c’est Dieu lui-même qui nous parle et il ne faut pas penser à d’autres choses ou parler d’autres choses. Est-ce clair ?... Je voudrais vous expliquer ce qui se passe dans cette liturgie de la Parole.

Les pages de la Bible cessent d’être un écrit pour devenir une parole vivante, prononcée par Dieu. C’est Dieu qui, à travers la personne qui lit, nous parle et nous interpelle alors que nous écoutons avec foi. L’Esprit « qui a parlé par les prophètes » (Credo) et a inspiré les auteurs sacrés, fait en sorte que « la Parole de Dieu opère vraiment dans les cœurs ce qu’elle fait retentir dans les oreilles » (Lectionnaire, Introd., n. 9). Mais pour écouter la Parole de Dieu, il faut également avoir le cœur ouvert pour recevoir la Parole dans son cœur. Dieu nous parle et nous l’écoutons, pour ensuite mettre en pratique ce que nous avons entendu. Il est très important d’écouter. Parfois, nous ne comprenons peut-être pas bien, car certaines lectures sont un peu difficiles. Mais Dieu nous parle tout de même d’une autre manière. Il faut rester en silence et écouter la Parole de Dieu. N’oubliez pas cela. A la Messe, quand les lectures commencent, écoutons la Parole de Dieu.

Nous avons besoin de l’écouter ! C’est en effet une question de vie, comme le rappelle bien l’expression marquante qui dit que « ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4, 4). La vie que nous donne la Parole de Dieu. C’est dans ce sens que nous parlons de la liturgie de la Parole comme de la « table » que le Seigneur dresse pour nourrir notre vie spirituelle. C’est une table abondante que celle de la liturgie, qui puise largement aux trésors de la Bible (cf. Sacrosanctum concilium, n. 51), que ce soit dans l’Ancien ou le Nouveau testament, car dans ceux-ci est annoncé par l’Eglise l’unique et identique mystère du Christ (cf. Lectionnaire, Introd., n. 5). Pensons à la richesse des lectures bibliques offertes par les trois cycles dominicaux qui, à la lumière des Evangiles synoptiques, nous accompagnent au cours de l’année liturgique : une grande richesse. Je désire également rappeler ici l’importance du Psaume responsorial, dont la fonction est de favoriser la méditation de ce qui a été entendu pendant la lecture qui le précède. Il est bon que le Psaume soit valorisé par le chant, au moins dans le refrain (cf. PGMR, n. 61 ; Lectionnaire, Introd., 19-22).

La proclamation liturgique des mêmes lectures, avec les chants tirés des Saintes Ecritures, exprime et favorise la communion ecclésiale, en accompagnant le chemin de tous et de chacun. On comprend donc pourquoi certains choix subjectifs, comme l’omission de lectures ou leur remplacement par des textes non bibliques, sont interdits. J’ai entendu dire que certains, s’il y a une nouvelle, lisent le journal, parce que c’est la nouvelle du jour. Non ! La Parole de Dieu est la Parole de Dieu ! Nous pouvons lire le journal après. Mais là, on doit lire la Parole de Dieu. C’est le Seigneur qui nous parle. Remplacer cette Parole par d’autres choses appauvrit et compromet le dialogue entre Dieu et son peuple en prière. Au contraire, sont nécessaires la dignité de l’ambon et l’utilisation du Lectionnaire, la disponibilité de bons lecteurs et psalmistes. Mais il faut chercher de bons lecteurs ! Ceux qui savent lire, pas ceux qui lisent en déformant les mots et font que l’on ne comprenne rien. C’est ainsi. De bons lecteurs. Ils doivent se préparer et faire un essai avant la Messe, pour bien lire. Cela crée un climat de silence réceptif.

Nous savons que la Parole du Seigneur est une aide indispensable pour ne pas nous égarer, comme le reconnaît bien le Psalmiste qui, s’adressant au Seigneur, confesse : « Une lampe sur mes pas, ta parole, une lumière sur ma route » (Sal 119, 105). Comment pourrions-nous affronter notre pèlerinage terrestre, avec ses difficultés et ses épreuves, sans être régulièrement nourris et éclairés par la Parole de Dieu qui retentit dans la liturgie ?

Certes, il ne suffit pas d’entendre avec les oreilles, sans accueillir dans le cœur la semence de la Parole divine, en lui permettant de porter du fruit. Souvenons-nous de la parabole du semeur et des différents résultats selon les divers types de terrain (cf. Mc 4, 14-20). L’action de l’Esprit, qui rend la réponse efficace, a besoin de cœurs qui se laissent travailler et cultiver, pour que ce que l’on écoute pendant la Messe passe dans la vie quotidienne, selon l’admonestation de l’apôtre Jacques : « Mettez la Parole en pratique. Ne soyez pas seulement des auditeurs qui s’abusent eux-mêmes ! » (Jc 1, 22). La Parole de Dieu accomplit un chemin en nous. Nous l’écoutons avec nos oreilles et elle passe dans notre cœur ; elle ne reste pas dans les oreilles, elle doit aller au cœur ; et du cœur elle passe aux mains, aux bonnes œuvres. Tel est le parcours que fait la Parole de Dieu : des oreilles au cœur et aux mains. Apprenons ces choses. Merci!

 (31 janvier 2018)

(7) Le chant du « Gloire à Dieu » et la prière collecte

Dans le parcours de catéchèses sur la célébration eucharistique, nous avons vu que l’acte de pénitence nous aide à nous dépouiller de nos présomptions et à nous présenter à Dieu tels que nous sommes réellement, conscients d’être des pécheurs, dans l’espérance d’être pardonnés.

C’est précisément de la rencontre entre la pauvreté humaine et la miséricorde divine que prend vie la gratitude exprimée dans le « Gloria », «une hymne très ancienne et vénérable par laquelle l’Eglise, rassemblée dans l’Esprit Saint, glorifie Dieu le Père ainsi que l’Agneau qu’elle supplie» (Présentation générale du missel romain, n. 53).

Le début de cette hymne « Gloire à Dieu au plus haut des cieux » reprend le chant des Anges à la naissance de Jésus à Bethléem, annonce joyeuse de l’union entre le ciel et la terre. Ce chant nous touche nous aussi, qui sommes recueillis en prière : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ».

Après le « Gloria » ou en l’absence de celui-ci, immédiatement après l’acte pénitentiel, la prière revêt une forme particulière dans l’oraison appelée           « collecte », au moyen de laquelle est exprimé le caractère propre de la célébration, qui varie selon les jours et les temps de l’année (cf. ibid., n. 54). Avec l’invitation « prions », le prêtre exhorte le peuple à se recueillir avec lui dans un moment de silence, afin de prendre conscience d’être en présence de Dieu et de faire ressortir, chacun dans son cœur, les intentions personnelles avec lesquelles il participe à la Messe (cf. ibid., n. 54). Le prêtre dit : « prions » ; puis a lieu un moment de silence, et chacun pense aux choses dont il a besoin, qu’il veut demander, dans la prière.

Le silence ne se réduit pas à l’absence de paroles, mais signifie se disposer à écouter d’autres voix : celle de notre cœur et surtout, la voix de l’Esprit Saint. Dans la liturgie, la nature du silence sacré dépend du moment où il a lieu : « Pendant l’acte pénitentiel et après l’invitation à prier, chacun se recueille ; après une lecture ou l’homélie, on médite brièvement ce qu’on a entendu ; après la communion, le silence permet la louange et la prière intérieure » (ibid., n. 45). Donc, avant la prière initiale, le silence aide à nous recueillir en nous-mêmes et à penser à la raison pour laquelle nous sommes là. D’où l’importance d’écouter notre âme pour l’ouvrir ensuite au Seigneur. Peut-être venons-nous de connaître des jours de fatigue, de joie, de douleur, et nous voulons le dire au Seigneur, invoquer son aide, demander qu’il soit proche de nous ; peut-être avons-nous des parents et des amis malades ou qui traversent des périodes difficiles ; peut-être désirons-nous confier à Dieu le destin de l’Eglise et du monde. C’est à cela que sert le bref silence avant que le prêtre, recueillant les intentions de chacun, ne récite à haute voix à Dieu, au nom de tous, la prière commune qui conclut les rites d’introduction, en faisant précisément la « collecte » des intentions individuelles. Je recommande vivement aux prêtres d’observer ce moment de silence et de ne pas se presser : « prions », et que l’on fasse silence. Je recommande cela aux prêtres. Sans ce silence, nous risquons de négliger le recueillement de l’âme.

Le prêtre récite cette supplique, cette prière de collecte, les bras ouverts, c’est la position de l’orant, adoptée par les chrétiens depuis les premiers siècles - comme en témoignent les fresques des catacombes romaines - pour imiter le Christ les bras ouverts sur le bois de la croix. Et là, le Christ est l’orant et dans le même temps la prière ! Dans le Crucifié, nous reconnaissons le prêtre qui offre à Dieu le culte qu’il aime, c’est-à-dire l’obéissance filiale.

Dans le rite romain, les prières sont concises, mais riches de signification : on peut faire beaucoup de belles méditations sur ces prières ! Si belles ! En méditer à nouveau les textes, même en dehors de la Messe, peut nous aider à apprendre comment nous adresser à Dieu, que demander, quelles paroles utiliser. Puisse la liturgie devenir pour nous tous une véritable école de prière.

(10 janvier 2018)

(6) L’acte pénitentiel

En reprenant les catéchèses sur la célébration eucharistique, nous prenons aujourd’hui en considération, dans le contexte des rites d’introduction, l’acte pénitentiel. Dans sa sobriété, celui-ci favorise l’attitude avec laquelle se disposer à célébrer dignement les saints mystères, c’est-à-dire en reconnaissant nos péchés devant Dieu et nos frères, en reconnaissant que nous sommes pécheurs. En effet, l’invitation du prêtre s’adresse à toute la communauté en prière, parce que nous sommes tous pécheurs. Que peut donner le Seigneur à celui qui a le cœur plein de lui-même, de son propre succès ? Rien, parce que le présomptueux est incapable de recevoir le pardon, rassasié comme il l’est de sa prétendue justice. Pensons à la parabole du pharisien et du publicain, où seul le second - le publicain - revient chez lui justifié, c’est-à-dire pardonné (cf. Lc 18, 9-14). Celui qui est conscient de ses propres misères et qui baisse les yeux avec humilité, sans se poser sur lui le regard miséricordieux de Dieu. Nous savons par expérience que seul celui qui sait reconnaître ses erreurs et demander pardon reçoit la compréhension et le pardon des autres.

Ecouter en silence la voix de la conscience permet de reconnaître que nos pensées sont éloignées des pensées divines, que nos paroles et nos actions sont souvent mondaines, c’est-à-dire qu’elles ne sont guidées que par des choix contraires à l’Evangile. C’est pourquoi, au début de la Messe, nous accomplissons de manière communautaire l’acte pénitentiel à travers une formule de confession générale, prononcée à la première personne du singulier. Chacun confesse à Dieu et à ses frères d’avoir « péché, en parole, par action et par omission ». Oui, aussi par omission, c’est-à-dire d’avoir négligé de faire le bien que j’aurais pu faire. Nous nous sentons souvent de braves personnes parce que - disons-nous - « je n’ai fait de mal à personne ». En réalité, il ne suffit pas de ne pas faire de mal à son prochain, il faut choisir de faire le bien en saisissant les occasions pour rendre un bon témoignage du fait que nous sommes des disciples de Jésus. Il est bon de souligner que nous confessons aussi bien à Dieu qu’à nos frères que nous sommes pécheurs : cela nous aide à comprendre la dimension du péché qui, alors qu’il nous sépare de Dieu, nous divise également de nos frères et inversement. Le péché coupe : il coupe la relation avec Dieu et il coupe la relation avec nos frères, la relation dans la famille, dans la société, dans la communauté : le péché coupe toujours, il sépare, il divise.

Les mots que nous prononçons avec la bouche sont accompagnés par le geste de se frapper la poitrine, en reconnaissant que j’ai péché précisément par ma faute, et non par la faute des autres. Il arrive en effet souvent que, par peur ou par honte, nous pointions le doigt pour accuser les autres. Cela coûte d’admettre d’être coupables, mais cela nous fait du bien de le confesser avec sincérité. Confesser ses propres péchés. Je me souviens d’une anecdote, qu’un missionnaire âgé racontait, à propos d’une femme qui est allée se confesser et qui a commencé à raconter les fautes de son mari ; ensuite, elle a poursuivi en racontant les fautes de sa belle-mère et ensuite les péchés de ses voisins. A un certain moment, le confesseur lui a dit : « Mais dites-moi, Madame : vous avez fini ? - Très bien : vous avez fini avec les péchés des autres. Maintenant, commencez à dire les vôtres ». Dire ses propres péchés !

Après la confession du péché, nous supplions la Bienheureuse Vierge Marie, les anges et les saints de prier le Seigneur pour nous. En cela aussi, la communion des saints est précieuse : c’est-à-dire que l’intercession de ces « amis et modèles de vie » (Préface du 1er novembre) nous soutient sur le chemin vers la pleine communion avec Dieu, quand le péché sera définitivement anéanti.

Outre le « Je confesse », on peut accomplir l’acte pénitentiel avec d’autres formules, par exemple : « Seigneur, accorde-nous ton pardon / Nous avons péché contre toi / Montre-nous ta miséricorde » (cf. Ps 123, 3 ; 85, 8 ; Jr 14, 20). Le dimanche, en particulier, on peut accomplir la bénédiction et l’aspersion de l’eau en mémoire du baptême (cf. Présentation générale du Missel romain, n. 51), qui efface tous les péchés. Il est aussi possible, comme partie de l’acte pénitentiel, de chanter le Kyrie eléison : avec une antique expression grecque, nous acclamons le Seigneur - Kyrios - et nous implorons sa miséricorde (ibid., n. 52).

L’Ecriture Sainte nous offre de lumineux exemples de figures « pénitentes » qui, en revenant en elle-même après avoir commis le péché, trouvent le courage d’ôter leur masque et de s’ouvrir à la grâce qui renouvelle le cœur. Pensons au roi David et aux paroles qui lui sont attribuées dans le Psaume : « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché » (51, 3). Pensons au fils prodigue qui revient auprès de son père ; ou à l’invocation du publicain : « Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! » (Lc 18, 13). Pensons également à saint Pierre, à Zachée, à la femme samaritaine. Se mesurer avec la fragilité de l’argile dont nous sommes façonnés est une expérience qui nous fortifie : alors qu’elle nous place en face de notre faiblesse, elle ouvre notre cœur pour invoquer la miséricorde divine qui transforme et convertit. Et c’est cela que nous accomplissons dans l’acte pénitentiel au début de la Messe.

(3 janvier 2018)

(5) Les rites d'introduction de la messe

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, je voudrais entrer dans le vif de la célébration eucharistique. La messe est composée de deux parties qui sont la liturgie de la Parole et la liturgie eucharistique, si étroitement liées entre elles qu’elles forment un unique acte de culte (cfr Sacrosanctum Concilium, 56; Présentation générale du Missel romain, 28). Introduite par quelques rites préparatoires et conclue par d’autres, la célébration est donc un unique corps et l’on ne peut pas séparer mais, pour une meilleure compréhension, je chercherai à expliquer ses différents moments, chacun desquels est capable de toucher et d’impliquer une dimension de notre humanité. Il est nécessaire de connaître ces signes saints pour vivre pleinement la messe et goûter toute sa beauté.

Quand le peuple est rassemblé, la célébration s’ouvre par les rites d’introduction, qui comprennent l’entrée des célébrants ou du célébrant, la salutation – « Le Seigneur soit avec vous », « La paix soit avec vous » -, l’acte pénitentiel – « Je confesse », où nous demandons pardon pour nos péchés -, le Kyrie eleison, l’hymne du Gloire à Dieu et l’oraison collecte : on l’appelle « collecte », non pas parce qu’on fait la collecte des offrandes ; c’est la collecte des intentions de prière de tous les peuples ; et cette collecte de l’intention des peuples monte au ciel comme une prière. Leur but – de ces rites d’introduction – est de faire « que les fidèles, réunis ensemble, forment une communauté et se disposent à écouter avec foi la Parole de Dieu et à célébrer dignement l’Eucharistie » (Présentation générale du Missel romain, 46). Ce n’est pas une bonne habitude de regarder sa montre en disant : « Je suis dans les temps, j’arrive après le sermon et comme cela, j’accomplis le précepte ». La messe commence par le

Signe de croix, par ces rites d’introduction, parce que c’est là que nous commençons à adorer Dieu en communauté. Et c’est pourquoi il est important de prévoir de ne pas arriver en retard, mais au contraire à l’avance, pour préparer son cœur à ce rite, à cette célébration de la communauté.

Tandis que, normalement, on chante le chant d’entrée, le prêtre et les autres ministres rejoignent en procession le presbyterium et là, ils saluent l’autel en s’inclinant et, en signe de vénération, ils l’embrassent et, quand il y a de l’encens, il l’encense. Pourquoi ? Parce que l’autel est le Christ : c’est la figure du Christ. Quand nous regardons l’autel, nous regardons précisément là où est le Christ. L’autel est le Christ. Ces gestes, qui risquent de passer inobservés, sont très importants parce qu’ils expriment dès le début que la messe est une rencontre d’amour avec le Christ qui, « en offrant son corps sur la croix […] devient l’autel, la victime et le prêtre » (préface de Pâques V). L’autel, en effet, en tant que signe du Christ, « est le centre de l’action de grâce qui s’accomplit par l’Eucharistie » (Présentation générale du Missel romain, 296) et toute la communauté autour de l’autel qui est le Christ ; non pas pour se regarder mais pour regarder le Christ, parce que le Christ est au centre de la communauté, il n’en est pas loin.

Ensuite il y a le signe de croix. Le prêtre qui préside le trace sur lui-même et tous les membres de l’assemblée font la même chose, conscients que l’acte liturgique s’accomplit « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Et ici, je passe à un autre tout petit sujet. Avez-vous vu comment les enfants font le signe de croix ? Ils ne savent pas ce qu’ils font : parfois, ils font un dessin qui n’est pas le signe de la croix. S’il vous plaît, mamans et papas, grands-parents, enseignez aux enfants, dès le début – tout petits – à bien faire le signe de croix. Et expliquez-lui que c’est comme la protection de la croix de Jésus. Et la messe commence par le signe de croix. Toute la prière se déroule, pour ainsi dire, dans l’espace de la très Sainte Trinité – « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » -, qui est un espace de communion infinie ; il a comme origine et comme fin l’amour de Dieu un et trine, qui nous est manifesté et donné dans la croix du Christ. En effet, son mystère pascal est le don de la Trinité et l’Eucharistie jaillit toujours de son cœur transpercé. En nous marquant du signe de la croix, par conséquent, non seulement nous faisons mémoire de notre baptême, mais nous affirmons que la prière liturgique est la rencontre avec Dieu dans le Christ Jésus qui, pour nous, s’est incarné, est mort sur la croix et est ressuscité glorieux.

Ensuite le prêtre prononce la salutation liturgique par l’expression : « Le Seigneur soit avec vous », ou une autre semblable – il y en a plusieurs – et l’assemblée répond : « Et avec ton esprit ». Nous sommes en dialogue ; nous sommes au début de la messe et nous devons penser à la signification de tous ces gestes et paroles. Nous entrons dans une « symphonie » dans laquelle résonnent différentes tonalités de voix, y compris des temps de silence, en vue de créer l’« accord » entre tous les participants, c’est-à-dire de nous reconnaître animés par un unique Esprit et pour un même but. En effet, « la salutation sacerdotale et la réponse du peuple manifestent le mystère de l’Église rassemblée (Présentation générale du Missel romain, 50). On exprime ainsi la foi commune et le désir mutuel de rester avec le Seigneur et de vivre l’unité avec toute la communauté.

Et c’est une symphonie priante qui se crée et qui présente aussitôt un moment très touchant parce que celui qui préside invite tout le monde à reconnaître ses proches péchés. Nous sommes tous pécheurs. Je ne sais pas, peut-être que l’un d’entre vous n’est pas un pécheur… Si quelqu’un n’est pas un pécheur, qu’il lève la main s’il vous plaît, comme cela nous verrons tous. Mais il n’y a pas de mains levées, cela va bien : vous êtes de bonne foi ! Nous sommes tous pécheurs ; et c’est pourquoi nous demandons pardon au début de la messe. C’est l’acte pénitentiel. Il ne s’agit pas seulement de penser aux péchés commis, mais c’est beaucoup plus : c’est l’invitation à se confesser pécheurs devant Dieu et devant la communauté, devant les frères, avec humilité et sincérité, comme le publicain au temple. Si vraiment l’Eucharistie rend présent le mystère pascal, à savoir le passage du Christ de la mort à la vie, alors la première chose que nous devons faire est de reconnaître quelles sont nos situations de mort pour pouvoir ressusciter avec lui à une vie nouvelle. Cela nous fait comprendre combien l’acte pénitentiel est important. Et c’est pourquoi nous reprendrons ce sujet dans la prochaine catéchèse.

Nous avançons pas à pas dans l’explication de la messe. Mais j’insiste : enseignez bien à vos enfants à faire le signe de croix, s’il vous plaît !

Pape François 20 déc. 2017

 

 (4) Pourquoi aller à la messe le dimanche ?

En reprenant le chemin de catéchèses sur la Messe, nous nous demandons aujourd’hui : pourquoi aller à la Messe le dimanche ?

La célébration dominicale de l’Eucharistie est au centre de la vie de l’Eglise (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2177). Nous, chrétiens, allons à la Messe le dimanche pour rencontrer le Seigneur ressuscité ; ou mieux, pour nous laisser rencontrer par Lui, écouter sa parole, nous nourrir à sa table, et devenir ainsi Eglise, c’est-à-dire son Corps mystique vivant dans le monde.

C’est ce qu’ont compris, dès la première heure, les disciples de Jésus - qui ont célébré la rencontre eucharistique avec le Seigneur le jour de la semaine que les Juifs appelaient « le premier de la semaine » et les Romains « le jour du soleil » - parce que, ce jour-là, Jésus était ressuscité d’entre les morts et était apparu aux disciples, en parlant avec eux, en mangeant avec eux, en leur donnant l’Esprit Saint (cf. Mt 28, 1; Mc 16, 9.14; Lc 24, 1.13; Jn 20, 1.19), comme nous l’avons entendu dans la Lecture biblique. La grande effusion de l’Esprit à la Pentecôte a eu lieu elle aussi le dimanche, le cinquantième jour après la résurrection de Jésus. Pour cette raison, le dimanche est un jour saint pour nous, sanctifié par la célébration eucharistique, présence vivante du Seigneur parmi nous et pour nous. C’est donc la Messe qui fait le dimanche chrétien ! Le dimanche chrétien tourne autour de la Messe. Qu’est-ce qu’un dimanche, pour un chrétien, s’il manque la rencontre avec le Seigneur ?

Il y a des communautés chrétiennes qui, malheureusement, ne peuvent pas bénéficier de la Messe chaque dimanche ; toutefois, elles aussi, en ce saint jour, sont appelées à se recueillir en prière au nom du Seigneur, en écoutant la Parole de Dieu et en maintenant vivant le désir de l’Eucharistie.

Certaines sociétés sécularisées ont égaré le sens chrétien du dimanche illuminé par l’Eucharistie. Quel dommage ! (en italien : « è peccato questo !) Dans ces contextes, il est nécessaire de raviver cette conscience, pour retrouver la signification de la fête, la signification de la joie, de la communauté paroissiale, de la solidarité, du repos qui restaure l’âme et le corps (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, nn. 2177-2188). L’Eucharistie nous enseigne toutes ces valeurs, dimanche après dimanche. Voilà pourquoi le Concile Vatican II a voulu redire que « le jour dominical est le jour de fête primordial qu’il faut proposer et inculquer à la piété des fidèles, de sorte qu’il devienne aussi jour de joie et de cessation du travail » (Sacrosanctum Concilium,        n. 106).

L’abstention du travail le dimanche n’existait pas aux premiers siècles : c’est une contribution spécifique du christianisme. Pour la tradition biblique, les juifs se reposaient le samedi tandis que, dans la société romaine, aucun jour hebdomadaire d’abstention des tâches serviles n’était prévu. Ce fut le sens chrétien de vivre en tant qu’enfants et non en tant qu’esclaves qui fit du dimanche - presque universellement - le jour du repos.

Sans le Christ, nous sommes condamnés à être dominés par la fatigue du quotidien, avec ses préoccupations, et par la peur du lendemain. La rencontre du dimanche avec le Seigneur nous donne la force de vivre l’aujourd’hui avec confiance et courage et d’aller de l’avant avec espérance. Voilà pourquoi nous, chrétiens, nous allons à la rencontre du Seigneur le dimanche, dans la célébration eucharistique.

La communion eucharistique avec Jésus, ressuscité et vivant pour l’éternité, anticipe le dimanche sans crépuscule, quand il n’y aura plus de fatigue, ni de douleur, ni de deuil, ni de larmes, mais seulement la joie de vivre pleinement et pour toujours avec le Seigneur. C’est également de ce repos bienheureux que nous parle la Messe du dimanche, en nous enseignant, tout au long de la semaine, à nous confier entre les mains du Père qui est aux cieux.

Que pouvons-nous répondre à ceux qui disent que cela ne sert à rien d’aller à la Messe, pas même le dimanche, parce que l’important est de bien vivre, d’aimer son prochain ? Il est vrai que la qualité de la vie chrétienne se mesure à la capacité d’aimer, comme l’a dit Jésus : « A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,35) ; mais comment pouvons-nous pratiquer l’Evangile sans puiser l’énergie nécessaire pour le faire, un dimanche après l’autre, à la source intarissable de l’Eucharistie ? Nous n’allons pas à la Messe pour donner quelque chose à Dieu, mais pour recevoir de Lui ce dont nous avons véritablement besoin. C’est ce que rappelle la prière de l’Eglise, qui s’adresse ainsi à Dieu : « Tu n’as pas besoin de notre louange, et pourtant c’est toi qui nous donnes de répondre à tes bienfaits en te rendant grâce ; nos chants n’ajoutent rien à ce que tu es, mais nous font progresser vers le salut » (Missel romain, Préface commune IV).

En conclusion, pourquoi aller à la Messe le dimanche ? Il ne suffit pas de répondre que c’est un précepte de l’Eglise ; cela aide à en préserver la valeur, mais cela seul ne suffit pas. Nous, chrétiens, avons besoin de participer à la Messe du dimanche parce que ce n’est qu’avec la grâce de Jésus, avec sa présence vivante en nous et parmi nous, que nous pouvons mettre en pratique son commandement, et être ainsi ses témoins crédibles.

(Pape François, catéchèse du 13 déc. 2017)

(3) La messe est le mémorial du mystère pascal du Christ (22 nov. 2017)

En poursuivant les catéchèses sur la Messe, nous pouvons nous demander : qu’est essentiellement la Messe ? La Messe est le mémorial du Mystère pascal du Christ. Elle nous rend participants de sa victoire sur le péché et la mort, et donne sa pleine signification à notre vie.

C’est pourquoi, pour comprendre la valeur de la Messe, nous devons alors avant tout comprendre la signification biblique du « mémorial ». Celui-ci « n’est pas seulement le souvenir des événements du passé [...] ils deviennent d’une certaine façon présente et actuelle. C’est de cette manière qu’Israël comprend sa libération d’Egypte : chaque fois qu’est célébrée la Pâque, les événements de l’Exode sont rendus présents à la mémoire des croyants afin qu’ils y conforment leur vie » (Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 1363). Jésus Christ, avec sa passion, sa mort, sa résurrection et son ascension au ciel a conduit la Pâque à son accomplissement. Et la Messe est le mémorial de sa Pâque, de son « exode », qu’il a accompli pour nous, pour nous faire sortir de l’esclavage et nous introduire dans la terre promise de la vie éternelle. Ce n’est pas seulement un souvenir, non, c’est davantage : c’est rendre présent ce qui s’est passé il y a vingt siècles.

L’Eucharistie nous conduit toujours au sommet de l’action de salut de Dieu : le Seigneur Jésus, en se faisant pain rompu pour nous, déverse sur nous toute sa miséricorde et son amour, comme il l’a fait sur la croix, de manière à renouveler notre cœur, notre existence et notre manière de nous mettre en relation avec Lui et avec nos frères. Le Concile Vatican ii dit : « Toutes les fois que le sacrifice de la croix par lequel le Christ notre pâque a été immolé se célèbre sur l’autel, l’œuvre de notre Rédemption s’opère » (Const. dogm. Lumen gentium, n. 3).

Chaque célébration de l’Eucharistie est un rayon de ce soleil qui ne se couche jamais qu’est Jésus ressuscité. Participer à la Messe, en particulier le dimanche, signifie entrer dans la victoire du Ressuscité, être illuminés par sa lumière, réchauffés par sa chaleur. A travers la célébration eucharistique, l’Esprit Saint nous fait participer de la vie divine qui est capable de transfigurer tout notre être mortel. Et dans son passage de la mort à la vie, du temps à l’éternité, le Seigneur Jésus nous entraîne nous aussi avec Lui à faire Pâques. Dans la Messe, on fait Pâques. Pendant la Messe, nous sommes avec Jésus, mort et ressuscité et Il nous entraîne de l’avant, vers la vie éternelle. Dans la Messe nous nous unissons à Lui. D’ailleurs, le Christ vit en nous et nous vivons en Lui. « Je suis crucifié avec le Christ — dit saint Paul — ; et ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Gal 2, 19-20). Saint Paul pensait ainsi.

Son sang, en effet, nous libère de la mort et de la peur de la mort. Il nous libère non seulement de la domination de la mort physique, mais de la mort spirituelle qui est le mal, le péché, qui nous touche chaque fois que nous tombons victime de notre péché ou de celui d’autrui. Et alors, notre vie est salie, elle perd de sa beauté, elle perd sa signification, elle se fane.

En revanche, le Christ nous redonne la vie ; le Christ est la plénitude de la vie, et quand il a affronté la mort, il l’a anéantie pour toujours : « En ressuscitant, il détruisit la mort et renouvela la vie », (Prière eucharistique iv). La Pâque du Christ est la victoire définitive sur la mort, car Il a transformé sa mort en acte d’amour suprême. Il mourut par amour ! Et dans l’Eucharistie, il veut nous communiquer son amour pascal, victorieux. Si nous le recevons avec foi, nous pouvons nous aussi vraiment aimer Dieu et notre prochain, nous pouvons aimer comme Il nous a aimés, en donnant la vie.

Si l’amour du Christ est en moi, je peux me donner pleinement à l’autre, dans la certitude intérieure que même si l’autre devait me blesser, je ne mourrais pas ; autrement je devrais me défendre. Les martyrs ont donné leur propre vie pour cette certitude de la victoire du Christ sur la mort. Ce n’est que si nous faisons l’expérience de ce pouvoir du Christ, le pouvoir de son amour, que nous sommes vraiment libres de nous donner sans peur. Cela est la Messe : entrer dans cette passion, mort, résurrection et ascension de Jésus ; quand nous allons à la Messe, c’est comme si nous allions au calvaire, c’est la même chose. Pensez à cela : si nous, au moment de la Messe, nous allons au calvaire — pensons en utilisant notre imagination — et nous savons que cet homme-là est Jésus. Nous permettrions-nous de bavarder, de faire des photographies, de faire un peu de spectacle ? Non ! Parce que c’est Jésus ! Nous serions certainement en silence, en pleurs et aussi pleins de la joie d’être sauvés. Quand nous entrons à l’église pour célébrer la Messe pensons à cela : j’entre dans le calvaire, où Jésus donne sa vie pour moi. Et ainsi disparaissent le spectacle, les bavardages, les commentaires et ces faits qui nous éloignent de cette chose si belle qu’est la Messe, le triomphe de Jésus.

Je pense qu’il est maintenant plus clair que la Pâque se rend présente et active chaque fois que nous célébrons la Messe, c’est-à-dire le sens du mémorial. La participation à l’Eucharistie nous fait entrer dans le mystère pascal du Christ, en nous permettant de passer avec Lui de la mort à la vie, c’est-à-dire là, au calvaire. La Messe est comme revivre le calvaire, ce n’est pas un spectacle.

Je suis heureux d’accueillir les pèlerins francophones, venant de France et de divers pays. Chers amis, je vous invite à donner une place importante dans votre vie à la participation à la messe, en particulier le dimanche. Le Seigneur vient à votre rencontre pour vous donner son amour, afin que vous aussi vous le partagiez avec vos frères et vos sœurs. Que Dieu vous bénisse !

(2) La messe est prière (15 nov. 2017)

Pour comprendre la beauté de la célébration eucharistique, je désire tout d’abord commencer par un aspect très simple : la Messe est prière, elle est même la prière par excellence, la plus élevée, la plus sublime, et dans le même temps la plus « concrète ». En effet, c’est la rencontre d’amour avec Dieu, à travers sa Parole et le Corps et le Sang de Jésus. C’est une rencontre avec le Seigneur.

Mais nous devons tout d’abord répondre à une question. Qu’est vraiment la prière ? Elle est tout d’abord dialogue, relation personnelle avec Dieu. Et l’homme a été créé comme être en relation personnelle avec Dieu qui ne trouve sa pleine réalisation que dans la rencontre avec son Créateur. La route de la vie est dirigée vers la rencontre définitive avec le Seigneur.

Le Livre de la Genèse affirme que l’homme a été créé à l’image et ressemblance de Dieu, qui est Père et Fils et Saint-Esprit, une relation d’amour parfaite qui est unité. A partir de cela, nous pouvons comprendre que nous avons tous été créés pour entrer dans une relation parfaite d’amour, en nous donnant et en nous recevant sans cesse, pour pouvoir ainsi trouver la plénitude de notre être.

Quand Moïse, face au buisson ardent, reçoit l’appel de Dieu, il lui demande quel est son nom. Et que répond Dieu ? « Je suis celui qui est » (Ex 3, 14). Cette expression, dans son sens originel, exprime présence et faveur, et en effet, Dieu ajoute immédiatement après : « Yahvé, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob » (v. 15). Le Christ lui aussi, quand il appelle ses disciples, les appelle afin qu’ils soient avec Lui. Il s’agit donc de la plus grande grâce : pouvoir faire l’expérience que la Messe, l’Eucharistie est le moment privilégié pour être avec Jésus, et, à travers Lui, avec Dieu et avec nos frères.

Prier, comme tout véritable dialogue, est également savoir demeurer en silence — dans les dialogues il y a des moments de silence —, en silence avec Jésus. Quand nous allons à la Messe, nous arrivons peut-être cinq minutes à l’avance et nous commençons à bavarder avec celui qui est à côté de nous. Mais ce n’est pas le moment de bavarder : c’est le moment du silence pour nous préparer au dialogue. C’est le moment de nous recueillir dans notre cœur pour nous préparer à la rencontre avec Jésus. Le silence est si important ! Rappelez-vous ce que j’ai dit la semaine dernière : nous n’allons pas à un spectacle, nous allons à la rencontre du Seigneur et le silence nous prépare et nous accompagne. Demeurer en silence avec Jésus. Et du mystérieux silence de Jésus jaillit sa Parole qui retentit dans notre cœur. Jésus lui-même nous enseigne comment il est réellement possible « d’être » avec le Père et il nous le démontre par sa prière. Les Evangiles nous montrent Jésus qui se retire dans des lieux apartés pour prier ; les disciples, en voyant sa relation intime avec le Père, sentent le désir d’y participer, et ils lui demandent : « Seigneur apprends-nous à prier » (Lc 11, 1). C’est ce que nous avons entendu dans la première Lecture, au début de l’audience. Jésus répond que la première chose nécessaire pour prier est de savoir dire « Père ». Soyons attentifs : si je ne suis pas capable de dire « Père » à Dieu, je ne suis pas capable de prier. Nous devons apprendre à dire « Père », c’est-à-dire à nous mettre en sa présence dans une confiance filiale. Mais pour pouvoir apprendre, il faut humblement reconnaître que nous avons besoin d’être instruits, et dire avec simplicité : Seigneur, apprends-moi à prier.

C’est le premier point : être humbles, se reconnaître comme ses fils, reposer dans le Père, avoir confiance en Lui. Pour entrer dans le Royaume des cieux il est nécessaire de devenir petits comme des enfants. A savoir que les enfants savent avoir confiance, ils savent que quelqu’un se préoccupera pour eux, de ce qu’ils mangeront, de comment ils s’habilleront et ainsi de suite (cf. Mt 6, 25-32). C’est la première attitude : confiance et confidence, comme un enfant à l’égard de ses parents ; savoir que Dieu se rappelle de toi, prend soin de toi, de toi, de moi, de tous.

La deuxième prédisposition, elle aussi propre aux enfants, est de se laisser surprendre. L’enfant pose toujours mille questions parce qu’il désire découvrir le monde ; et il s’émerveille même de petites choses, car tout est nouveau pour lui. Pour entrer dans le Royaume des cieux il faut se laisser émerveiller. Dans notre relation avec le Seigneur, dans la prière — je pose la question — nous laissons-nous émerveiller ou pensons-nous que la prière signifie parler à Dieu comme le font les perroquets ? Non, c’est avoir confiance et ouvrir son cœur pour se laisser émerveiller. Nous laissons-nous surprendre par Dieu qui est toujours le Dieu des surprises ? Car la rencontre avec le Seigneur est toujours une rencontre vivante, ce n’est pas une rencontre de musée. C’est une rencontre vivante et nous allons à la Messe, pas au musée. Nous allons à une rencontre vivante avec le Seigneur.

Dans l’Evangile on parle d’un certain Nicodème (Jn 3, 1-21), un homme âgé, qui faisait autorité en Israël, qui se rend auprès de Jésus pour le connaître ; et le Seigneur lui parle de la nécessité de « renaître d’en haut » (cf. v. 3). Mais qu’est-ce que cela signifie ? Peut-on « renaître » ? Est-il possible de recommencer à éprouver du goût, de la joie, de l’émerveillement pour la vie, même devant les si nombreuses tragédies ? Il s’agit d’une question fondamentale de notre foi et cela est le désir de tout véritable croyant : le désir de renaître, la joie de recommencer. Eprouvons-nous ce désir ? Chacun de nous a-t-il envie de toujours renaître pour rencontrer le Seigneur ? Eprouvez-vous ce désir en vous ? En effet, on peut facilement le perdre, car à cause de tant d’activités, de nombreux projets à mettre en œuvre, il reste à la fin peu de temps et nous perdons de vue ce qui est fondamental : la vie de notre cœur, notre vie spirituelle, notre vie qui est une rencontre avec le Seigneur dans la prière.

En vérité, le Seigneur nous surprend en nous montrant qu’Il nous aime également dans nos faiblesses. Jésus Christ « est victime de propitiation pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier » (1 Jn 2, 2). Ce don, source de véritable consolation — mais le Seigneur nous pardonne toujours, cela console, c’est une véritable consolation — est un don qui nous est donné à travers l’Eucharistie, ce banquet nuptial au cours duquel l’Epoux rencontre notre fragilité. Est-ce que je peux dire que lorsque je fais la communion pendant la Messe, le Seigneur rencontre ma fragilité ? Oui ! Nous pouvons le dire parce que c’est vrai ! Le Seigneur rencontre notre fragilité pour nous reconduire à notre premier appel : celui d’être à l’image et à la ressemblance de Dieu. Tel est le cadre de l’Eucharistie, telle est la prière.

(1) Introduction (8 nov. 2017)

Chers frères et sœurs, bonjour ! Nous commençons aujourd’hui une nouvelle série de catéchèses, qui portera le regard sur le « cœur » de l’Eglise, c’est-à-dire l’Eucharistie. Il est fondamental pour nous chrétiens de bien comprendre la valeur et la signification de la Messe, pour vivre toujours plus pleinement notre relation avec Dieu.

Nous ne pouvons oublier le grand nombre de chrétiens qui, dans le monde entier, en deux mille ans d’histoire, ont résisté jusqu’à la mort pour défendre l’Eucharistie; et ceux qui, aujourd’hui encore, risquent leur vie pour participer à la Messe du dimanche. En l’an 304, au cours des persécutions de Dioclétien, un groupe de chrétiens, d’Afrique du Nord, furent surpris alors qu’ils célébraient la Messe dans une maison et furent arrêtés. Le proconsul romain leur demanda, au cours de l’interrogatoire, pourquoi ils l’avaient fait, sachant que cela était absolument interdit. Et ils répondirent: «Nous ne pouvons pas vivre sans le dimanche», ce qui voulait dire: si nous ne pouvons pas célébrer l’Eucharistie, nous ne pouvons pas vivre, notre vie chrétienne mourrait.

En effet, Jésus dit à ses disciples: «Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour» (Jn 6, 53-54).

Ces chrétiens d’Afrique du Nord furent tués parce qu’ils célébraient l’Eucharistie. Ils ont laissé le témoignage que l’on peut renoncer à la vie terrestre pour l’Eucharistie, parce que celle-ci nous donne la vie éternelle, en nous faisant participer à la victoire du Christ sur la mort. Un témoignage qui nous interpelle tous et exige une réponse sur ce que signifie pour chacun de nous de participer au sacrifice de la Messe et de nous approcher de la Table du Seigneur. Cherchons-nous cette source «jaillissante d’eau vive» pour la vie éternelle? Qui fait de notre vie un sacrifice spirituel de louange et d’action de grâce et fait de nous un seul corps avec le Christ? Tel est le sens le plus profond de la sainte Eucharistie, qui signifie «action de grâce»: action de grâce à Dieu le Père, Fils et Saint-Esprit qui nous englobe et nous transforme dans sa communion d’amour.

Au cours des prochaines catéchèses, je voudrais apporter une réponse à certaines questions importantes sur l’Eucharistie et la Messe, pour redécouvrir, ou découvrir, comment à travers ce mystère de la foi resplendit l’amour de Dieu.

Le Concile Vatican II a été fortement animé par le désir de conduire les chrétiens à comprendre la grandeur de la foi et la beauté de la rencontre avec le Christ. Pour cette raison, il était nécessaire avant tout de réaliser, sous la direction de l’Esprit Saint, un renouveau adapté de la liturgie, parce que l’Eglise vit constamment d’elle et se renouvelle grâce à elle.

Un thème central que les Pères conciliaires ont souligné est la formation liturgique des fidèles, indispensable pour un véritable renouveau. Et c’est précisément là également le but de ce cycle de catéchèses que nous commençons aujourd’hui: croître dans la connaissance du grand don que Dieu nous a donné dans l’Eucharistie.

L’Eucharistie est un événement merveilleux dans lequel Jésus Christ, notre vie, se fait présent. Participer à la Messe signifie «vivre encore une fois la passion et la mort rédemptrice du Seigneur. C’est une théophanie: le Seigneur se fait présent sur l’autel pour être offert au Père pour le salut du monde» (Homélie lors de la Messe, Maison Sainte-Marthe, 10 février 2014). Le Seigneur est là avec nous, présent. Souvent, nous allons là, nous regardons les choses, nous bavardons entre nous et le prêtre célèbre l’Eucharistie... et nous ne célébrons pas à ses côtés. Mais c’est le Seigneur! Si le président de la République ou une personne très importante dans le monde venait ici aujourd’hui, il est certain que nous serions tous près de lui, que nous voudrions le saluer. Mais réfléchis: quand tu vas à la Messe, c’est le Seigneur qui est présent! Et tu es distrait. C’est le Seigneur! Nous devons penser à cela. «Père, c’est que les Messes sont ennuyeuses» — «Mais que dis-tu, le Seigneur est ennuyeux?» — «Non, non, pas la Messe, les prêtres» — «Ah, que les prêtres se convertissent, mais c’est le Seigneur qui est présent!». Compris? Ne l’oubliez pas. «Participer à la Messe signifie vivre à nouveau la passion et la mort rédemptrice du Seigneur».

Essayons à présent de nous poser certaines questions simples. Par exemple, pourquoi fait-on le signe de la croix et l’acte de pénitence au début de la Messe? Et je voudrais ouvrir ici une autre parenthèse. Vous avez vu comment les enfants se font le signe de la croix? On ne comprend pas ce qu’ils font, si c’est le signe de la croix ou un dessin. Ils font comme cela [le Pape fait un geste confus]. Il faut enseigner aux enfants à bien faire le signe de la croix. C’est ainsi que commence la Messe, c’est ainsi que commence la vie, c’est ainsi que commence la journée. Cela veut dire que nous sommes rachetés par la croix du Seigneur. Regardez les enfants et enseignez-leur à bien faire le signe de la croix. Et ces lectures, pendant la Messe, pourquoi sont-elles là? Pourquoi lit-on trois lectures le dimanche et deux les autres jours. Pourquoi sont-elles là, que signifie la lecture de la Messe? Pourquoi les lit-on et quel rapport ont-elles avec la Messe? Ou encore, pourquoi à un certain moment, le prêtre qui préside la célébration dit-il: «Elevons nos cœurs?». Il ne dit pas: «Elevons nos téléphones portables pour prendre une photo!». Non, c’est une chose laide! Et je vous dis que je trouve cela très triste quand je célèbre ici, sur la place, ou dans la basilique, et je vois tant de portables levés, pas seulement ceux des fidèles, mais aussi de certains prêtres et également d’évêques. Mais tout de même! La Messe n’est pas un spectacle: c’est aller à la rencontre de la passion et de la résurrection du Seigneur. C’est pourquoi le prêtre dit: «Elevons nos cœurs». Qu’est-ce que cela veut dire? Rappelez-vous: pas de téléphones portables.

Il est très important de revenir aux fondements, de redécouvrir ce qui est l’essentiel, à travers ce que l’on touche et ce que l’on voit dans la célébration des sacrements. La question de l’apôtre saint Thomas (cf. Jn 20, 25), de pouvoir voir et toucher les blessures des clous dans le corps de Jésus, est le désir de pouvoir d’une certaine façon «toucher Dieu» pour y croire. Ce que saint Thomas demande au Seigneur est ce dont nous avons tous besoin: le voir, et le toucher pour le reconnaître. Les sacrements répondent à cette exigence humaine. Les sacrements, et la célébration eucharistique de façon particulière, sont les signes de l’amour de Dieu, les voies privilégiées pour le rencontrer.

Ainsi, à travers ces catéchèses que nous commençons aujourd’hui, je voudrais redécouvrir avec vous la beauté qui se cache dans la célébration eucharistique et qui, une fois dévoilée, donne tout son sens à la vie de chaque personne. Que la Vierge nous accompagne sur ce nouveau bout de chemin. Merci.

 

 

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